Croisements

Là je ne sais pas faire et c’est là ce qui m’intéresse.

Plus que des savoirs faire, des savoirs être. Nous plaçons notre travail sur le terrain de la rencontre, à la croisée, de la danse, du théâtre, d’une écriture contemporaine, d’une musique contemporaine, du théâtre de figure, de la vidéo.

Parce que la parole dans un corps qui danse décuple ses possibles pour peu qu’elle soit souffle, ancrage aérien, sanguin.

La parole aiguise le geste, le fortifie et l’illumine. Parce que le geste désolidarise les mots de leur sens unique, les rend à une polysémie. Distance féconde. Parce que la musique à l’endroit du texte le déraille et l’aère, fait croître ses qualités rythmiques, mélodiques. Parce que « l’usage » de la marionnette fait glisser dans un infini va et vient continu et troublant du sujet à l’objet, de l’objet au sujet.

Contamination subtile et tenace de l’animé et de l’inanimé. Parce que l’image filmée marque un arrêt, un temps qui n’aura de cesse d’engendrer et désengendrer le travail sur le plateau.

La croisée. C’est se mettre là où puissance et fragilité s’accordent à donner vie. C’est faire monter l’intensité d’être au monde. Je vais là où j’ai peur comme les enfants. Je prends appui sur tout ce que je sais, tout ce qui me fait pour risquer ce que je ne sais pas, pour risquer l’autre, l’étranger.


Carol Vanni

Céleste Gonzalo La Signora Perlino L'homme en bikini
 
Cie Lalage